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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 06:56
Paris Brest Paris 2007: La route de Raymond (Plaque n° 565)

Voici un article écrit (publié sur la site de vélo-concept) il y a maintenant six ans et qui retrace l'expérience du Paris-Brest-Paris 2007. Une des épreuves cyclistes parmi les plus longues, plus de 1200 kms en non stop.

 

logoJe l’ai fait... Le projet naît il y a maintenant deux ans est bouclé. La réussite a dépassé mes espoirs. J’ai effectué le PBP en 46h17mn alors que je m’étais fixé pour objectif 50h00 pour l’année de mes 50 ans. 
Quatre jours après je peux reprendre une vie tout à fait normale. Je n’ai plus de courbatures et je n’éprouve plus l’envie de dormir durant la journée. Mon attention au travail peut être soutenue. Ceci compte tenu des conditions atmosphériques que nous avons eues me confirme que j’étais au top de ma forme au moment du départ.

 

 

A Dreux, dernier contrôle avant l'arrivée à Guyancourt

Les images fortes qu’il me reste une semaine après.
Plusieurs images se bousculent encore dans ma tête. Mais les plus marquantes sont les suivantes :
- La première qui me vient est celle du départ. Deux heures avant j’ai ressenti une émotion m’envahir. Cette émotion n’a pas généré d’angoisse, plutôt une grande joie, celle d’être au départ. D’y être arrivé sans souci majeur et surtout d’être pleinement confiant en moi. L’attente en première ligne n’a pas fait monter la pression, mais a plutôt accru la concentration. J’étais pleinement concentré sur la tâche à venir. Et pourtant autour de moi je sentais de l’électricité. Un peu comme si nous partions pour une cyclosportive dont le nombre des partants donnait une importance accrue au départ.
- Il y a le premier point de contrôle à Villaine-la-Juelle. Alors que je ne quittais pas les vingt premières places du peloton de tête, place que je gardais facilement pendant les 210 premiers kms, les choses se compliquèrent brusquement à 10 kms du premier contrôle. J’avais l’impression de voir ce qui se passe lors de Paris-Roubaix et de l’approche de la tranchée de Wallers-Arenberg. Cela se mettait à passer de tous les côtés. Cela frottait fort. Les risques de chute se multipliaient. Je préférais laisser passer plutôt que de me retrouver à terre ! Cette bousculade nous la retrouvions à la dépose du vélo et à la reprise du vélo. C’est ainsi que je pointais au contrôle aux alentours de la 50ème place. Ce qui me contraignit à une poursuite de plusieurs kms pour réintégrer le groupe de tête qui d’une centaine était passé à moins de 50 participants après ce premier contrôle. C’est certainement pour moi l’un des moments les plus intenses du Paris-Brest-Paris en matière d’intensité d’effort. Je ne me souviens pas avoir fourni un effort de ce type (sollicitation de la PMA) après plus de 200kms. J’avais l’impression que les cuisses allaient exploser.

- Il y a celle de mon équipe d’assistance. Ils étaient comme moi, novices en matière d’expérience du PBP. De plus aucun d’eux n’étaient de culture cycliste. Ce qui ne les a pas empêchés d’être parfaits. Ils ont été d’une efficacité redoutable. J’ai leur visage dans ma tête. Leur sourire à chaque point de contrôle. Leurs encouragements raisonnent encore.
 - Il y a aussi les accolades d’amis cyclo, Yoann Sevin et Yves Lourme, à Brest. Nous avions fait ensemble tous les brevets qualificatifs. Et nous étions de nouveau à deux dans le groupe de tête. Je me prenais déjà à imaginer que nous finirions ensemble. A Brest, Yves a souhaité prendre une pause plus longue que les 5 mn traditionnelles du groupe de tête. Ses encouragements m’ont touché, d’autant que pour moi les trente kms avant Brest furent difficiles.
- Il y a le retour dans la nuit et le croisement de ceux qui sont encore sur l’aller. Des milliers d’encouragements. Un serpent de lumière continu lors de la deuxième nuit. C’est impressionnant. C’est dans ces moments là que nous nous rendons compte de ce que représente le Paris-Brest-Paris.
- C’est lors de cette même nuit, un moment de tension dans notre groupe du à des rivalités entre participants. Suite à une attaque d’un des membres du groupe, ce n’était pas pour rigoler, c’était un véritable démarrage comme on peut en voir dans les courses ! une chasse très soutenue s’est développée pendant une quinzaine de kms. Je n’ai pas pu voir les données en vitesse et en fréquence cardiaque. Mais les sensations qui étaient les miennes au plan respiratoire et musculaire m’informaient que nous allions très vite, alors que nous avions déjà plus de 800kms dans les jambes !
- La cinquième est l’accueil chaleureux et émouvant aux contrôles de Mortagne et de Dreux. Alors que je faisais parti du groupe de tête, deux crevaisons coup sur coup à 5kms de Mortagne m’ont fait perdre le contact avec le groupe de mes compagnons de route. Les difficultés pour réparer, la fatigue commençait à se faire sentir après deux nuits sans sommeil, m’ont fait perdre beaucoup de temps. Arrivé au contrôle de Mortagne les compagnons de route étaient repartis.
- La sixième est la standing ovation dans le gymnase de Guyancourt à l’arrivée. J’ai le souvenir de 10 secondes de silence suivies par des applaudissements qui n’en finissaient pas pendant plusieurs minutes. Et toutes ces personnes autour de moi qui venaient me saluer. Je n’oublierai jamais ces minutes.

L'arrivée à Guyancourt après un peu plus de 46 heures sur le vélo

 

Mon Paris-Brest-Paris en quelques chiffres :
- 1220kms en 46h17mn dont 1h40 d’arrêt aux différents points de contrôle.
- Une moyenne de 26,4 km/h arrêts compris et de 27,5 km/h sans les arrêts.
- Des durées d’arrêt au contrôle entre 3 et 15mn
- C’est prêt de 65h00 sans sommeil entre le lundi matin 7h00 (heure du lever) au mercredi soir 23h30 où sortant du restaurant à Guyancourt, je me suis assis dans la voiture et où je me suis endormi de suite.
Ravitaillements :
- 18 bananes
- Deux paquets de mini-mars
- 16 bouteilles de 200ml d’alimentation liquide complète.
- 15 pâtes de fruit
- 15 gâteaux énergétiques
- 14 tranches de pain d’épices
- 6 petits pains au chocolat
- Deux paquets de gaufres à la vergeoise
- 20 tube-dosettes de glucose
- 1/3 tube de granules d’Arnica, de Ruta et de Rhus (homéopathie)
- 2 cafés
- 30 litres d’eau + 3 coca + 2 perrier
- 500 Heures d’entraînement entre novembre 2006-août 2007 à la vitesse/moyenne de 33km/h soit : 18 000 kms.

Les raisons de ma réussite:
- Au niveau de la préparation physique. Cela fait deux ans que je me prépare à ce PBP. La problématique qui était mienne : Comment concilier vie personnelle, vie professionnelle et ma pratique sportive tout en ayant pour objectif de réaliser des performances de bon niveau en matière d’ultra-distance. Il me fallait optimiser le temps passer à l’entraînement. C’est la raison pour laquelle j’ai mis l’accent sur la qualité plutôt que sur la quantité. Ce qui explique la vitesse/moyenne élevée pour cette année, mais aussi pour les années antérieures. Concrètement, je privilégie les sorties courtes et rapides en semaine. Les sorties longues le dimanche n’excèdent pas les 4h00 à de rares exceptions. En matière de longues distances pour cette année il y a eu les brevets qualificatifs (c’est là où j’ai effectué les longues distances : 200, 300, 400, 600). Et la phase finale de la préparation à savoir trois semaines entre mi-juillet et tout début août où j’ai pendant les deux premières semaines fait 4 longues sorties en montagne dans les Hautes-Alpes. Il s’agissait de sorties de 7h00 à 9h00 tous les trois jours avec des dénivelés entre 3500 et 5000m. Puis sur quatre jours dés mon retour dans le Nord, j’ai effectué seul fin juillet début août 1170 kms en 40h00. A l’issue de ces trois jours et demi sur le vélo passer sans problème particulier, j’étais confiant. Après quoi ce fut repos pendant trois jours, puis jusqu’au PBP des sorties d’une heure tous les jours avec de légères phases d’intensité tous les deux jours pour dire de faire un rappel.
Lors de l’année 2006, j’avais posé un objectif intermédiaire. Il s’agissait de participer au RPE. Epreuve que j’ai terminée à la 14ème place en 27h00. J’ai su que je pouvais passer plus d’une journée sur le vélo sans problème.
Je n’ai pas fait de coupure d’entraînement depuis quatre ans. Par coupure j’entends une période de plus de deux semaines sans entraînement. J’ai privilégié les micro-coupures de 3 à 7 jours plusieurs fois dans l’année en fonction des besoins familiaux et professionnels ainsi que des nécessités liés à l’entraînement. Il me semble que les coupures longues ont du sens à condition d’avoir des saisons qui amènent à une fatigue importante. Pour ma part ce n’est pas le cas compte tenu que je fais très peu de compétitions dans l’année (3 à 4 cyclosportives) et une épreuve ultra / an depuis deux ans. Cette année je n’ai fait que les brevets qualificatifs et le PBP. L’exploitation des micro-coupures me permet d’éviter les phases de desentraînement.

- La préparation mentale. Certainement un des éléments clefs de la réussite en longue distance. J’en suis arrivé à rouler dans un état proche de la relaxation. C'est-à-dire que je suis dans une sorte de bulle mentale, où je suis alors en prise directe avec mon corps et mes pensées. C’est un état ou paradoxalement bien que centré sur moi, je suis très disponible aux événements extérieurs. C’est une sorte de fluidité mentale. Lors des moments difficiles, je me centre sur cet état ce qui m’amène à réguler la respiration et à être le plus économique possible dans le geste du pédalage. Cet entraînement mental, je le pratique sur le vélo, mais aussi en dehors lors des phases de relaxation que je m’octroie dans la journée ou le soir. Ce sont des temps brefs de quelques minutes.

- Le suivi par l’ostéopathe. Depuis deux ans et ce au rythme d’une fois tous les deux mois j’allais chez l’ostépathe. Les rendez vous étaient articulés avec les périodes d’entraînement.

 

- Utilisation de la Phytothérapie. En matière d’alimentation, je n’avais pas de cadrage particulier, si ce n’est que je visais à équilibrer mon alimentation. C'est-à-dire manger de tout. Cependant je n’ai pas hésité à exploiter la phytothérapie. A savoir des cures de gelée royale, eleutherocoque, ginseng, spiruline, harpadol etc…

La gestion des moments difficiles.
Durant l’épreuve et comme tout un chacun j’ai rencontré des moments de facilité et des moments difficiles, voire très difficiles. Je ne m’étendrai pas sur les moments d’aisance. Si ce n’est qu’ils surprennent. C’est par exemple lors de la deuxième nuit alors que je gravissais une côte assez longue en tête du groupe, le fait de me retrouver seul en haut de la côte, de ne plus voir mes compagnons de route à mes côtés, de me retourner et de constater que le groupe était à plus de 200 mètres. Ces moments on souhaiterait qu’ils se prolongent, mais ils sont en alternance avec d’autres qui nous poussent à aller chercher profond nos ressources. Les photos prises par mon assistance lors des temps d’arrêts aux contrôles en disent longs quant à l’état qui peut être le nôtre dans ces moments là. Voici quelques uns de ces moments plutôt délicats où il importe de rester calme, d’être à l’écoute de ses sensations et de rester pertinent quant à l’analyse de la situation. 

- Problème d’alimentation.
Jusqu’au 500ème kms je n’ai pas eu de souci particulier. C’est à partir du contrôle de Carhaix et alors que nous avions abordé le secteur très vallonné que j’ai eu des difficultés à avaler du solide. Il n’y avait plus que les tubes de glucose qui passaient et l’aliment complet liquide. L’arrêt prolongé de 15mn au retour sur Loudéac (775ème kms) m’a permis de manger de nouveau du solide. Je me souviens m’être jeté sur un paquet de gaufres vergeoise après avoir ingurgité un verre de boisson gazeuse et un coca.
Par la suite en alimentation solide ce sont les bananes et les mars qui passaient. Je n’avais plus envie de pâtes de fruit et de gâteaux énergétiques.
Ce qui est marquant ce sont les envies de certains aliments. Pour ma part à l’issue de la deuxième nuit, je rêvais à des petits pains au chocolat et à du café. C’est ainsi qu’à Mortagne, l’équipe d’assistance m’avait préparé trois petits pains au chocolat que j’ai trempés dans du café. Un vrai régal. Puis c’est une envie de fruits (nectarine et abricot). C’est ainsi que pour l’arrivée j’ai demandé à l’équipe d’assistance de me trouver ces fruits. J’ai bien mangé 5 nectarines dans les 20 minutes qui suivirent l’arrivée.

- Le sommeil.
Mentalement je m’étais préparé à passer deux nuits sans sommeil. Mais je ne savais pas comment cela allait se passer dans la réalité. J’ai été surpris en bien, d’autant que j’avais envisagé si nécessaire de faire des sommeils " flash " de 20 à 30 mn lors de la deuxième nuit.
Par deux fois j’ai été pris de sensation de sommeil, bâillement, clignement des yeux. A chaque fois vers les 5-6h00 du matin. Ces envies de dormir n’ont duré qu’une trentaine de minutes. Le fait d’être dans le groupe de tête a du participer à entretenir mon état de veille.

- Les courbatures dans le haut du dos lors de la dernière heure.
La dernière heure m’a semblé la plus longue. Il me devenait difficile de maintenir un bon positionnement de tête !! Les muscles du haut du dos étaient très tendus. Freiner augmenté la tension de ces muscles. Ce ne sont pas les arrêts fréquents (toutes les 15mn) pour les étirer qui pouvaient me soulager durablement. C’est d’un massage que j’aurais eu besoin. Je l’ai eu une fois l’arrivée franchie. Les trombes d’eau que nous avons eues sur la fin de l’épreuve ont participé à durcir les muscles de la nuque et du dos.

 

Au petit matin après une première nuit passée à rouler sous la pluie !

 

Conclusion:
Une semaine après je n’en reviens toujours pas de ce que j’ai réalisé. Je ne me pensais pas capable, à l’âge qui est le mien 50 ans, faire une telle performance surtout dans les conditions qui furent celles de ce Paris-Brest-Paris. J’en conclus que nous disposons d’un potentiel que nous ne connaissons pas. Ce sont des expériences un peu extraordinaires qui permettent d’aller explorer cette partie de nous. C’est l’intérêt que je trouve à ces épreuves un peu hors norme de l’ultra-distance. Alors quel projet maintenant ? Le RPE, c’est fait, et j’y retournerai bien l’an prochain pour préparer, je l’espère mais ce n’est encore qu’un désir ce n’est pas de l’ordre du projet, à une échéance de deux ans (2009) une des deux épreuves ultra les plus longues du monde : la RAAM (4800 kms) traversée des EU d’ouest en est. C’est l’épreuve ultime du cyclisme ultra-distance ou plus prêt de nous, le tour ultime (4100kms). Mais s’engager dans un tel projet nécessite un investissement humain et financier beaucoup plus conséquent que celui mis en œuvre ces deux dernières années. 

Raymond Barbry le 28 août 2007.

 

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  • J'interviens dans l'accompagnement (coaching) des sportifs de tous les niveaux. Je propose une approche de la préparation mentale qui prend appui sur les outils de la pleine conscience et sur mon expérience personnelle de sportif de haut niveau.
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